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Les actualités du DUAD'S Club

Club des Duadistes, le portrait du mois : Véronique Lemoine

Le DUAD est un prestigieux diplôme reconnu par le monde du vin en France et à l’étranger. Qui sont les membres du réseau formé par les Duadistes ? Chaque mois le DUAD’s club présente une ou un ancien Duadiste.

Ingénieure agronome, responsable scientifique à la Fondation pour la culture et les civilisations du vin, à Bordeaux, Véronique Lemoine est de la promotion 1993.

AVRIL 2021

 VeroniqueLEMOINE

Son parcours

« Je suis ingénieure agronome de l’ENSA Montpellier (devenue depuis Montpellier SupAgro), diplômée en 1981. L’ENSA est très connue pour sa chaire de viticulture, et beaucoup de mes camarades de l’Agro exercent dans la sphère viticole. Mais à l’époque, je me suis spécialisée en économie, marketing et gestion, plus précisément en évaluation de projets. J’étais plus intéressée par le développement économique que par la technique pure… et ça a continué !
J’ai travaillé ensuite dans divers cabinets de conseil, en tant que consultante en développement économique et nouvelles technologies, surtout dans les domaines de la santé et du biomédical. Mais je restais très proche de l’univers du vin, tout simplement car mon passage à Montpellier m’avait fait rencontrer mon époux, qui, lui, était tombé dans la marmite… ou plutôt dans la cuve : d’abord ingénieur à l’ITV, l’Institut technique de la vigne et du vin, il est devenu responsable de domaines viticoles. Il dirige actuellement le Château Larrivet Haut-Brion à Léognan, en Gironde. »

« Le monde du vin m’intéressait donc beaucoup et en 1993 j’ai décidé de m’échapper de mon bureau tous les lundi matin pour suivre le DUAD. Guy Guimberteau [longtemps responsable du diplôme, NDLR] a eu la bonté d’accueillir cet étrange oiseau qui travaillait alors au développement d’une prothèse biologique, donc assez loin des préoccupations des autres Duadistes ! Une fois diplômée, je n’ai pas tout de suite sauté le pas, mais en 2001 j’ai eu la chance de rencontrer une famille viticole exceptionnelle : la famille Cazes, pionnière dans le développement de l’œnotourisme, avec déjà alors une école de dégustation à Lynch-Bages (dans le Médoc), le restaurant Le Chapon Fin et le Relais & Châteaux Cordeillan-Bages, à Pauillac. Sylvie Cazes voulait créer une seconde école à Bordeaux et une agence réceptive œnotouristique : elle m’a fait confiance, et m’a confié la responsabilité de l’Ecole du Bordeaux, puis de Bordeaux Saveurs, qui organisait des séjours de découverte des vins de Bordeaux. C’était extrêmement enrichissant et c’est à cette époque que m’est vraiment venue la passion pour les aspects culturels du vin. »

 

« Un véritable rêve : créer un lieu qui parle de la vigne et du vin »

« Mais en 2004, déménagement familial en Charente ; dès que j’ai plongé le nez dans un verre de cognac, j’ai été époustouflée par les gammes aromatiques des eaux-de-vie, et fascinée par leurs méthodes de production. Pendant un an, j’ai sillonné le vignoble à la rencontre des vignerons et distillateurs, épluché la bibliothèque du BNIC (le Bureau national interprofessionnel du cognac), et me suis incrustée aux cours organisés pour les professionnels des eaux-de-vie : je voulais comprendre le cognac. J’ai décidé de partager ma fascination, j’ai donc créé la première école de dégustation de cognacs pour amateurs et écrit un livre sur les Arômes du cognac. »

« En 2009, de nouvelles sirènes chantent à mes oreilles : un projet de centre culturel et touristique du vin est en train de naître à Bordeaux, dont Sylvie Cazes était l’ardente promotrice. Je rejoins alors l’équipe que constituait Philippe Massol [le directeur de la Cité du Vin], et c’est ainsi que je suis devenue responsable scientifique de la future Cité du Vin, à Bordeaux. C’était un véritable rêve : créer un lieu qui parle de la vigne et du vin sous toutes leurs facettes, qui montre à quel point le vin est une boisson civilisationnelle, expliquer la profondeur historique et culturelle des liens entre l’Homme et le vin, tisser une trame entre les mondes des vignerons, des consommateurs de tous âges, des marchands, des artistes… Et permettre de découvrir des régions viticoles et des vins du monde entier. »
« De 2009 à 2016, j’ai participé à cette aventure passionnante de conception et de construction de la Cité, j’ai conçu les contenus du parcours de visite permanent et j’ai accompagné la création de tous les dispositifs ce parcours jusqu’à son ouverture. Pendant cette période j’ai échangé avec de multiples chercheurs et professeurs de l’ISVV, dont en particulier Denis Dubourdieu. Quand je l’avais rencontré au tout début du projet, pour lui demander ce qu’il pensait indispensable de montrer dans cette future Cité, il avait réfléchi quelque secondes, puis récité « Je sais combien il faut, sur la colline en flamme, / De peine, de sueur et de soleil cuisant / Pour engendrer ma vie et pour me donner l'âme » : pas la première, mais la deuxième strophe du poème « L’âme du vin » de Baudelaire, celle qui parle du terroir, de la nature, du travail humble et parfois ingrat du vigneron. Une leçon d’humanité… »

« Aujourd’hui, je suis responsable scientifique au sein de la Fondation pour la culture et les civilisations du vin, qui gère la Cité, et j’accompagne toutes les équipes dans le développement de nos différentes actions culturelles. »

En savoir plus sur la Cité du Vin.

 

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Pourquoi avoir choisi de passer le DUAD ?

Non seulement mon époux mais tout notre cercle d’amis baignaient dans le vin : vignerons, œnologues-conseil, responsables de laboratoire, consultants, directeurs de domaines, mais aussi tonneliers, bouchonniers, caissiers… Inutile de dire que nos rencontres se faisaient rarement autour d’un coca ! C’était frustrant pour moi de les écouter s’enflammer pour les vins que nous dégustions sans pouvoir comprendre les mots qu’ils mettaient sur leurs sensations. De plus, j’étais alors dans un métier bien plus éloigné de la nature, alors que je les voyais tous vibrer au rythme des saisons et du climat. Je me souviens du gel de 1991, comme j’avais été frappée de constater combien un phénomène météorologique qui passait quasi inaperçu hors du monde agricole était vécu par eux comme un véritable cataclysme. J’avais l’impression qu’ils avaient une vie plus « réelle ».

Que vous a apporté le diplôme ?

Surtout la découverte des techniques de dégustation rigoureuses, l’étendue de la palette aromatique des vins, le plaisir de pouvoir utiliser un mot précis pour exprimer ses sensations et communiquer. Et le DUAD m’a vraiment « ouvert le nez », je suis devenue très curieuse des odeurs.

Il y a eu aussi bien sûr les cours, en particulier les cours de géographie viticole, qui m’ont donné la curiosité de découvrir des « ailleurs ».

J’ai aussi été impressionnée, en côtoyant les étudiants de tous pays, de voir combien déjà à l’époque les étudiants asiatiques étaient passionnés par le vin et travaillaient leurs cours avec un acharnement remarquable : ils révisaient en apprenant par cœur des listes de vocabulaire français qu’ils ne maîtrisaient pas ; pour eux, passer le DUAD demandait une application sans commune mesure avec les francophones.

Quel est le meilleur souvenir que vous gardez de cette année de formation ?

J’ai d’excellents souvenirs des cours, mais mon meilleur souvenir est très personnel : j’étais enceinte quand j’ai intégré le DUAD, ce qui n’était pas spécialement prévu au moment de mon inscription ! Mon médecin m’ayant dit que la dégustation n’était pas contre indiquée, j’ai pu assister à tous les cours et participer à toutes les dégustations… avec une brève interruption en mars, car notre fils est né en mars 1993. Sous l’effet du DUAD, ensuite, dès que je faisais la cuisine, je lui faisais systématiquement sentir toutes les épices et aromates. Depuis tout bébé, il a appris à sentir aussi bien la vanille que la muscade ou le safran, la fève tonka ou le shiso. Ce n’est sûrement pas un hasard si notre fils est devenu cuisinier !

Et le pire souvenir ?

Aucun !

Y a-t-il un cours ou une dégustation qui vous a marquée en particulier ?

Plus d’un seul : le DUAD est une opportunité unique d’acquérir en un an une somme de connaissances considérable. J’ai eu la chance à l’époque de suivre les cours de Guy Guimberteau, Gérard Séguin, Denis Dubourdieu, malheureusement tous disparus. Leurs cours étaient passionnants.  Mais aussi Philippe Roudié, pour ses cours d’histoire ; bien que géographe, c’est un conteur hors pair de la saga des vins. Et Jean-Claude Berrouet, toujours le sourire au coin de l’œil. Maîtriser un sujet est une chose, savoir le transmettre n’est pas donné à tout le monde, mais tous les professeurs du DUAD étaient des « passeurs de savoir».

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Etes-vous restés en contact avec des Duadistes de votre promotion ?

Pas vraiment , le projet de Cité du vin m’a permis de retrouver avec plaisir d’anciens professeurs, mais je n’ai pas gardé de contact avec les étudiants de ma promotion. Et je ne participe pas, je l’avoue, aux rencontres des Duadistes... Pourtant j’ai assisté à quelques soirées mémorables, je me souviens encore d’une soirée sur les vins du Beaujolais dont j’étais repartie avec une superbe carte géologique des crus du Beaujolais sous le bras. Mais les Du.adistes viennent à moi ! Je croise régulièrement les anciens du DUAD dans les expositions, l’auditorium et les salles de dégustation de la Cité du Vin

 Être Duadiste, pour vous, c’est…

Pour moi, c’est la joie d’avoir pu bénéficier d’une excellente formation, qui m’a ouvert les portes du monde du vin et c’est aussi le plaisir quand on rencontre un Duadiste de savoir que c’est un curieux et un passionné de vin. Ce qui est formidable aussi avec le DUAD, c’est que les Duadistes viennent souvent d’univers et de formations très différents, c’est une passerelle pour passer du statut d’amateur à celui de grand connaisseur.

 

Propos recueillis par Audrey Marret